nicolas_bras_croises

Extrait du discours d'investiture et sur son idée de la France:

Ma France, c’est le pays qui a fait la synthèse entre l’Ancien Régime
et la Révolution, entre l’Etat capétien et l’Etat républicain, qui a
inventé la laïcité pour faire vivre ensemble ceux qui croient au Ciel et
ceux qui n’y croient pas.

Ma France, c’est le pays qui, entre le drapeau blanc et le drapeau
rouge a choisi le drapeau tricolore, en a fait le drapeau de la liberté et
l’a couvert de gloire.

Ma France, c’est celle de tous les Français sans exception. C’est la
France de Saint-Louis et celle de Carnot, celle des croisades et de
Valmy. Celle de Pascal et de Voltaire. Celles des cathédrales et de
l’Encyclopédie. Celle d’Henri IV et de l’Edit de Nantes. Celle des
droits de l’homme et de la liberté de conscience.

Ma France, c’est celle des Français qui votent pour les extrêmes non
parce qu’ils croient à leurs idées mais parce qu’ils désespèrent de se
faire entendre. Je veux leur tendre la main.

Ma France, c’est celle des travailleurs qui ont cru à la gauche de
Jaurès et de Blum et qui ne se reconnaissent pas dans la gauche
immobile qui ne respecte plus le travail. Je veux leur tendre la main.

Ma France, c’est celle de tous ceux qui ne croient plus à la politique
parce qu’elle leur a si souvent menti. Je veux leur dire : aidez-moi à
rompre avec la politique qui vous a déçu pour renouer avec
l’espérance.

Ma France, c’est celle de tous ces Français qui ne savent pas très bien
au fond s’ils sont de droite, de gauche ou du centre parce qu’ils sont
avant tout de bonne volonté. Je veux leur dire par-delà les
engagements partisans que j’ai besoin d’eux pour que tout devienne
possible.Bien sûr il y a la droite et il y a la gauche. Mes valeurs sont les vôtres,
celles de la droite républicaine. Ce sont des valeurs d'équité, d’ordre,
de mérite, de travail, de responsabilité. Je les assume. Mais dans les
valeurs auxquelles je crois, il y a aussi le mouvement. Je ne suis pas
un conservateur. Je ne veux pas d’une France immobile. Je veux
l’innovation, la création, la lutte contre les injustices. J’ai voulu faire
entrer ces idées dans le patrimoine de la droite républicaine alors
même que la gauche les délaissait.
Mais au-delà de la droite et de la gauche, il y a la République qui doit
être irréprochable parce qu'elle est le bien de tous. Il y a l’Etat qui doit
être impartial. Il y a la France qui est une destinée commune.
Etre de droite c’est refuser de parler au nom d’une France contre une
autre. C’est refuser la lutte des classes. C’est refuser de chercher dans
l’idéologie la réponse à toutes les questions, la solution à tous les
problèmes. C'est refuser de voir dans le contradicteur un ennemi mais
un citoyen dont on doit entendre les arguments.

Ma France, c’est une nation ouverte, accueillante, c’est la patrie des
droits de l’homme. C’est elle qui m'a fait ce que je suis. J’aime
passionnément le pays qui m’a vu naître. Je n’accepte pas de le voir
dénigrer. Je n'accepte pas qu'on veuille habiter en France sans
respecter et sans aimer la France. Je n'accepte pas qu'on veuille
s'installer en France sans se donner la peine de parler et d'écrire le
Français.
Je respecte toutes les cultures à travers le monde. Mais qu'il soit
entendu que si on vit en France alors on respecte les valeurs et les lois
de la République.

Ma France, c’est une nation qui revendique son identité, qui assume
son histoire. On ne construit rien sur la haine des autres, mais on ne
construit pas davantage sur la haine de soi. On ne construit rien en
demandant aux enfants d’expier les fautes de leurs pères.
De Gaulle n’a pas dit à la jeunesse allemande : « vous êtes coupables
des crimes de vos pères ». Il lui a dit : « je vous félicite d’être les
enfants d’un grand peuple, qui parfois au cours de son histoire a
commis de grandes fautes ».
Au peuple de notre ancien empire nous devons offrir non l’expiation
mais la fraternité.
A tous ceux qui veulent devenir Français nous offrons non de nous
repentir mais de partager la liberté, l’égalité et la fierté d’être Français.
Gardons-nous de juger trop sévèrement le passé avec les yeux du
présent. Tous les Français durant la guerre n’étaient pas pétainistes.
Les pêcheurs de l’île de Sein, les paysans du Vercors n’étaient pas
pétainistes. Les paysans du Périgord qui cachaient au péril de leur vie
les Juifs de Strasbourg n’étaient pas pétainistes. Tous les Français
dans les colonies n’étaient pas des exploiteurs. Il y avait aussi parmi
eux de petites gens qui travaillaient dur, qui n’exploitaient personne et
qui ont tout perdu.
Français, prompts à détester votre pays et son histoire, écoutez la
grande voix de Jaurès: « Ce qu’il faut ce n’est pas juger toujours, juger
tout le temps, c’est se demander d’époque en époque, de génération en
génération, de quels moyens de vie disposaient les hommes, à quelles
difficultés ils étaient en proie, quel était le péril ou la pesanteur de leur
tâche, et rendre justice à chacun sous le fardeau. »
Pourquoi la gauche n’entend-elle plus la voix de Jaurès ?
Comment penser que l’on pourra un jour faire aimer ce que l’on aura
appris à détester ? Au bout du chemin de la repentance et de la
détestation de soi il y a, ne nous y trompons pas, le communautarisme
et la loi des tribus. Je refuse le communautarisme qui réduit l'homme à
sa seule identité visible. Je combats la loi des tribus parce que c'est la
loi de la force brutale et systématique.
Il ne s’agit pour personne d’oublier sa propre histoire. Les enfants des
républicains espagnols parqués dans des camps de réfugiés, les enfants
des Juifs persécutés par la Milice, les descendants des camisards des
Cévennes, les fils des harkis n’ont rien oublié de leur histoire. Mais ils
ont pris, comme moi, fils d’immigré, la culture, la langue et l’histoire
de la France en partage, pour pouvoir mieux vivre une destinée
commune.
Face au drame algérien, Camus avait dit : « Les grandes tragédies de
l’histoire fascinent souvent les hommes par leurs visages horribles. Ils
restent alors immobiles devant elles sans pouvoir se décider à rien
qu’à attendre. »
Attendre quoi ? Sinon le pire ?
Il avait ajouté : « La force du coeur, l’intelligence, le courage suffisent
pourtant pour faire échec au destin ».
Pourquoi la gauche n’entend-elle plus la voix de Camus ?
Qui ne voit qu’une fois encore avec du coeur, de l’intelligence et du
courage la clé de notre unité et de notre avenir est dans la République
et dans la démocratie ?